Est-ce que celui qui quitte souffre aussi ?

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La rupture est souvent vécue comme une injustice envers la personne quittée, suscitant la compassion. Cependant, la personne qui rompt souffre également, souligne la psychothérapeute Anne Landry.
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Le silence des cœurs brisés : celui qui quitte souffre-t-il aussi ?

La rupture amoureuse. Une blessure béante, souvent perçue comme une tragédie exclusivement réservée à celui qui est quitté. Images de désespoir, larmes et solitude accablent le "laissé-pour-compte", suscitant une vague d'empathie quasi-universelle. Mais derrière cette représentation dominante, une réalité plus nuancée se cache : celui qui prend l'initiative de rompre souffre, lui aussi, et souvent intensément. Anne Landry, psychothérapeute spécialisée dans les relations amoureuses, le souligne : le silence autour de la souffrance du "quitteur" est trompeur et contribue à aggraver sa détresse.

Contrairement aux idées reçues, la décision de mettre fin à une relation n'est jamais légère, même si elle peut parfois paraître brutale de l'extérieur. Ce choix est généralement précédé d'une longue période de doutes, de réflexions intenses et d'une profonde dissonance intérieure. Le "quitteur" est tiraillé entre l'attachement, l'habitude, la peur de blesser, et la nécessité pressante de préserver sa propre santé mentale et son bien-être. Cette période de conflit intérieur peut être extrêmement épuisante, générant un stress considérable et un sentiment d'échec personnel, même si la rupture est perçue comme la meilleure solution à long terme.

La culpabilité joue un rôle crucial dans la souffrance du "quitteur". Le poids de la décision prise, la perspective de voir son ex souffrir, et le sentiment d'avoir "échoué" dans la relation peuvent générer un mal-être profond et durable. Contrairement à la personne quittée qui peut se concentrer sur le traitement de la douleur, le "quitteur" doit gérer à la fois sa propre peine et la responsabilité de la rupture, ce qui complexifie considérablement le processus de deuil.

De plus, la société renforce souvent cette idée préconçue que le "quitteur" est insensible ou égoïste. Manque de soutien social, difficulté à exprimer sa souffrance par peur du jugement, isolement... autant de facteurs qui peuvent exacerber la détresse émotionnelle. Ce silence imposé, cette absence de légitimité à la douleur, rendent le processus de guérison plus long et plus difficile.

En conclusion, la rupture amoureuse est une expérience douloureuse pour les deux partenaires, bien que les manifestations de cette souffrance soient différentes. Reconnaître et valider la souffrance de celui qui quitte est essentiel pour briser les tabous et permettre à chacun, "quitteur" comme "quitté", d'entamer un processus de guérison sain et complet. Il est temps de dépasser la vision simpliste et stéréotypée de la rupture, et d'accorder la même compassion à tous ceux dont le cœur est brisé, quelles que soient les circonstances.